Passage à vide …

Ecrire c’est vivre mon rêve, éveillée. Il a fallu se laisser glisser, surfer sur cette vague d’inspiration semblable à des millions de petites étoiles qui brillent dans une nuit noire à des milliards de kilomètres de vous et  pourtant vous semblent connues et proches. Ne pas me laisser submerger par mes émotions, laisser flotter mes doigts au fil des mots, être suspendue à l’encre, être vraie à chaque frappe.

Je savoure ce travail, je béni l’énergie qu’il me procure et me permet de partager aux autres, je respecte désormais cette force qui m’habite. Telle une guerrière marvélique qui vainc l’ultime mal, je m’entraîne, je concours et je prends plaisir au combat.

Regarder un public me sourire, je savoure, je déguste et soudain tout cet engouement pour quelques pages prend des proportions incommensurables, la démesure s’est installée peu à peu. Mon mari m’avait prévenue, il n’en voulait pas. Notre fils vit comme si tout cela n’existait pas et je nage dans la soie et le cachemire d’une famille disloquée. Je suis assise sur ce tabouret inconfortable dans un studio d’enregistrement non chauffé face à ce présentateur de variétés sur le déclin et l’unique idée que j’ai, la seule qui n’a de cesse de me traverser l’esprit à chaque sommet gravi, au moment même où j’obtiens ce que je souhaite; M’enfuir, tout de suite ! Mais comment ?!

Je me plains à vous de ma vie merveilleuse de fille bénie de toujours avoir obtenu ce qu’elle veut et comme à chaque arrivée au sommet, je cherche à fuir vers une autre montagne à escalader.

Je prétexte un besoin urinaire urgent. J’entends Dutronc me seriner de ne pas faire ça. Je marche fermement comme n’importe quelle femme qui a mis bas et perdu toute tonicité pelvienne. Je me dépêche. Raide, j’accélère. L’assistante m’indique vaguement le nombre de couloirs et de tournants à prendre. A l’abri des regards et du plateau, plus vite, je cours, je me perds. J’attrape mon sac au vestiaire et je sors pas la porte de secours. Je souffle fort, j’étouffe; Un verre, une clope, vite …

Le téléphone sonne, ils me cherchent , les prises reprennent. Je ferme les yeux. Inspiration-expiration 3 fois, profondément, lentement. Contrat, droits, rémunération, factures! Je referme la porte devant ma liberté et je retourne m’asseoir sur le tabouret attribué. Je souris, je réponds aux questions, je ris, je charme. Quelques heures plus tard, lessivée, je reprends mes affaires, je suis à nouveau ignorée de tous. Je quitte le plateau, les studios, cette ville et je rentre chez nous par le 1er thalys…

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