« Classe affair »

Ça y est ! Après 5 ans de petits challenges rémunérateurs et gratifiants, je vais entrer dans la cours des grands. Je suis arrivée ! Je me tiens devant la porte de cet immeuble gigantesque avec le rendez-vous grâce auquel ma carrière va décoller, dans une vingtaine de minutes.

Toujours avoir un quart d’heure d’avance afin de parer à toute éventualité. Commence alors le bal ; Se présenter à l’accueil. Comme il se doit ; S’annoncer, s’enregistrer, signer. Recevoir un badge, se faire indiquer l’espace d’attente, demander les toilettes. 5 minutes !

Passer au petit coin pour être détendue durant l’entretien. Vient alors la remise en place du soutien-gorge et des vêtements. Puis un re-coiffage esthétique et rapide des mèches survoltées du trajet suivi d’un poudrage léger et ajusté. 5 minutes !

J’aime ce que je vois dans le miroir, une femme fière et jolie dans un style sobre et rétro-chic. Jupe fuseau bleu marine, ni trop courte ni trop longue, juste ce qu’il faut au-dessus du genou. Chemisier ivoire fluide, légèrement décolleté et cintré, dans la ceinture de la jupe. Une tenue près du corps suggestive sans être moulante. Un chignon « banane » moderne, des escarpins à bout rond talonnés de maximum 7 cm afin de me mettre en hauteur sans pour autant précipiter ma chute. Petit tour sur moi-même à l’abri des regards, contrôle des atouts et de l’apparence checked.

Ensuite se diriger dans la salle d’attente et trouver un double siège inoccupé. Y déposer attaché-case puis sac à main et par-dessus le manteau dans cet ordre précis. Cela permet leur récupération rapide et aisée dès l’apparition de notre  hôte tout en libérant la main du salut.

Imposer le silence au téléphone portable, prendre un verre d’eau à la fontaine, se choisir un magazine adapté sur la table basse et s’assoir dans le second siège dans une position élégante, assurée et confortable. Détendre tout le corps et relâcher tous les points de tensions en se répétant mentalement quelques mantras du style : « Je suis compétente », « Je suis expérimentée » et « Parce que je le vaux bien ! ». Finalement lire et sourire mais pas trop quand même. 5 minutes !

Arrivée de l’hôte ou lecture prolongée, dans les deux cas je suis parée !

Préparation mentale rapide ; Ce que je fais de mieux ? Emmener les gens avec moi, les stimuler, les valoriser tout en les sortant de leur zone de confort afin de les accompagner et de potentialiser leurs compétences et leurs acquis.

Le CEO* se dirige vers moi, me salue. Je le salue en retour et le suis. Dans l’ascenseur chit-chat** à propos de mon trajet et du soleil perçant qui tend à disparaitre cet après-midi, quel automne bizarre.

Boules au ventre durant la traversée du couloir. Il m’invite, je le précède pour entrer dans son bureau, moment parfait pour respirer ! Hop une grande inspiration-expiration discrète qui me permet de décontracter les abdos. Et c’est parti pour le show !

*CEO : Big Boss, grand patron. Traduction = Directeur général.
**Chit-chat : Conversation creuse et polie de début et de fin de rendez-vous professionnel. Est supposée mettre en confiance les deux parties. Traduction = Bavardage.

Nous avons parcouru ma présentation et palabré pendant plus d’une heure trente. Je l’ai senti impressionné qu’abruptement j’aborde les sujets sensibles dès le début de notre conversation.

Car oui l’entreprise et la gestion du bien-être des « ressources* » c’est tout autant une aventure humaine qu’une affaire d’économies. Selon moi, nous devions être alignés sur le fait qu’un employé malmené, surmené ou encore non reconnu « C’est pas humain !» et aussi que ça dépense le temps et l’argent de l’entreprise inutilement. Coûts que l’on n’arrive pas forcément à quantifier totalement mais bien réels. Sans oublier le postulat d’un engagement plein et entier de la direction dans la gestion, souvent problématique, du changement.

Cadrer la rencontre, baliser la relation contractuelle et jalonner les prestations de services à venir. Rien de tel pour démarrer sur des bases saines et propices aux ajustements AGILE avec en toile de fond une communication ouverte, sincère et bienveillante.

Il a donc apprécié mon concept et souhaite recevoir mon plan d’attaque détaillé dans une semaine pour en avoir une idée plus précise. Je m’étais préparée à répondre à cette demande ou plutôt à l’encourager vivement, j’avais donc déjà rédigé une offre concise et planifiée. Il me restait à l’ajuster avec les détails et informations glanées lors de cette entrevue.

Il faut dire que la vive recommandation d’une connaissance commune m’avait obtenu ce rendez-vous et bien éclairée sur les besoins de cette structure et sur la vision de ce directeur d’entreprise.

Ce petit lien de confiance établi par une relation existante est celui que je préfère car il met à l’aise dès le démarrage des échanges et zappe le stade inconfortable du reniflage de derrières.

Ravie, je le remerciai de son accueil et lui promis de revenir comme convenu vers lui. Je repris seule l’ascenseur, mille idées à la minute me tournoyaient dans la tête avec l’envie irrépressible de foncer à l’étape suivante. Il recevrait son dossier prêt 2 jours à l’avance pour preuve de ma motivation, de mon professionnalisme et de ma reconnaissance.

Le soleil brille dans mes yeux lorsque je quitte le hall d’accueil alors qu’au dehors il pleut averse. Sautillante de joie, je m’engouffre dans la porte tournante de sortie au même instant qu’une autre personne. De ce fait, je suis, nous sommes toutes deux coincées. Embarrassée, les yeux rivés sur sa magnifique paire de mocassins en cuir véritable marron, je découvre que l’autre est un autre…

*Ressources : Matières premières nécessaires au travail et permettant l’accomplissement du but final de l’entreprise.
Exemple caricatural : Le lait pour fabriquer du beurre. Il permet aux producteurs d’en « vivre » et aux actionnaires de grands groupes de s’enrichir.
Exemple raccourci : L’employé pour effectuer une ou plusieurs tâches (telles qu’exécution et contrôle des processus de production). Cela permet à l’employé de « vivre » et aux actionnaires de grands groupes de s’enrichir.

Plutôt classieux le costume que mon regard de petite bonne femme d’un mètre soixante remonte lentement. Ce qui laisse à mes joues l’espace-temps de flamboyer lorsque nos regards se croisent enfin. Des yeux de braise !

Je balbutie mon nom et m’excuse mille fois pour la distraction. Son regard surpris et sévère me toise. Il se présente également et m’assure que cela peut arriver à tout le monde même si son ton me fait sentir un léger agacement. Voilà qui est fait, je viens à l’instant de bousculer l’un des 5 directeurs de départements que je vais plus que probablement être amenée à coacher, à manager et à accompagner.

Il aura fallu moins de trois minutes à l’agent de sécurité pour nous repérer, arrêter le mécanisme et manuellement nous en faire sortir. Je m’excuse une dernière fois auprès de tous pour le désagrément, me retourne et fuis cette situation gênante d’un pas faussement assuré.

Pourquoi lui, pourquoi moi ?! Comme première entrée en matière, je fais toujours dans la dentelle. Quand ce n’est pas ivre morte dans un bar que je drague lourdement celui qui est devenu mon mari, je coince le directeur financier de mon futur premier gros client contre ma volumineuse poitrine. Tout cela en rougissant comme une adolescente. Et lui, là, resté impassible, élégant, un brin perturbant. Je me sentis l’espace d’un instant littéralement dans la M E R D E !

Évidemment je me pris la drache de plein fouet et c’est dégoulinante que je rentrai chez nous cogitant à tout ce qui venait de m’arriver en même pas deux heures trente.

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