« Paris en été »

Paris pour Martine, outrage certes, c’était la France. Sacrilège, le 92, Colombe, c’était Paris ! Paris, c’était cette part de ma mère qui n’existait que quelques jours par an. Notamment lorsque nous nous y rendions en famille le coffre chargé à bloc de paquets et de 3 à 5 kg de pralines* de chez nous.

Durant les fêtes de fin d’année, Paris me vendait du rêve : Soirées pyjama avec les cousins, ballades sur les Champs, festins** concoctés par la reine grand-mère où nous étions libres de fuir au pays imaginaire et merveilleux des placards.

Nous nous retrouvions tous engoncés dans l’appartement de mes grands-parents, 60 m² au 15ème d’une cité HLM. Nos meilleurs terrains de jeux étaient leur petit débarras à balais faisant office de bibliothèque, d’armoires à chaussures et de terrain d’escalade ainsi que leur cellier foisonnant de sucreries et autres gâteaux apéro. Installés en suspension entre deux étagères, fouillant une ancienne collection de timbres, cherchant un trésor perdu au fond de quelques boites oubliées, nous nous gavions de papillotes***. Lorsque je m’y replonge, profondément, je sens encore l’odeur sucrée et gourmande de la boite de conserve à bonbons.

J’aimais Paris, j’aimais la France. Je n’avais de cesse de revendiquer cette partie de mon patrimoine génétique aux copains de ma petite école de banlieue bruxelloise où tous se targuaient de vacances au ski, de divorces et de St Nicolas. Pour ça, Martine avait du bol. Nous avions droit aux deux fêtes et à même teneur en jouets, autant vous dire gargantuesques.

Alors que sur le territoire français, la Belgique était une affaire sérieuse que l’on chique ou que l’on mastique soixante-dix ou septante chewing gum. J’étais de ma fratrie la plus chauvine des belges. Je clamais haut et fort toutes les réussites, les mérites et les renommées de mon si petit et drôle de pays d’origine. Je crois que ma fierté, pimentée d’arrogance, s’exacerbait lorsqu’elle rentrait chez elle.  Dualité du métissage culturel probablement naturelle tout autant que recherchée.

Je resterais toujours attachée à Paris, à la France. Cette moitié de mon être, tantôt vindicative tantôt refoulée, aura eu raison de l’autre et m’y a indubitablement calfeutrée.

*En Belgique, c’est un montage à base de chocolat et en France c’est un bonbon constitué d’une amande enveloppée de sucre cuit. Lesquels peuvent être teintés et parfumés de diverses manières. Martine raffolait des deux sans préférence aucune.

**Je me souviens particulièrement d’un petit déjeuner du Nouvel An avec des Gambas flambés au whisky (32 gambas fraîches, beurre, 2 gousses d’ail et 3 cuillerées à soupe de persil hachés, 10 cl de whisky pour les flamber).

*** Chocolat praliné accompagné d’un papier portant un message ou d’un pétard, le tout enveloppé dans un papier doré ou argenté. Cette friandise lyonnaise se consomme principalement pendant les fêtes de Noël.

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