« Sornettes et balivernes »

Décidément, je devais encore avoir 6 ou 7 ans. Il me semble qu’aucun adulte ne me l’a murmuré, simplement j’ai su. Probablement d’un camarade de classe, fier d’être dans la confidence ou, comme à mon habitude, j’ai dû l’écouter aux portes.

Je ressens encore cet immense sentiment de déception lorsque j’ai ouvert la porte coulissante de la cage d’escaliers menant au grenier. Elle-même verrouillée au moyen d’un cadenas dont j’avais dérobé les clés discrètement dans la chambre parentale. Ce petit hall composé de 4 marches abritait un amoncellement débordant de dizaines et dizaines de paquets luisants (fin des années 80 oblige) qui au fur et à mesure que je prenais conscience de la supercherie me ternissaient le cœur.

Une nouvelle part de magie s’envolait à nouveau et Martine, rageuse, se transformait peu à peu en bon petit diable. Je me suis hâtée d’en informer ma sœur et lui ai partagé la dure réalité. Ne me croyant pas, j’ai alors insisté « Tu veux voir qu’il n’existe pas ? Crois moi, j’ai la preuve. » De deux ans ma cadette, elle, qui me suivait partout en confiance, fut choquée lorsque j’ouvrais lentement la porte de la grotte d’Ali baba. Larmes, hurlements, « Mamannnnnnn …» Elle dévala, elle, quatre à quatre, les 2 étages qui nous séparaient du rez-de-chaussée.

Je ne me souviens pas avoir été punie ni même m’être sentie mieux après cette révélation, j’étais juste triste et coupable*.

Peu à peu la magie me quittait, inexorablement. Comme cette fois encore où Martine avait rêvé une après-midi entière chez sa grand-mère devant une image.

Elle avait littéralement bavé devant une publicité, certainement pour du parfum. On y voyait une superbe femme, brune, aux mensurations de Barbie. Elle était vêtue d’une robe de princesse des plus élégantes et pas de ces meringues en tulle rose de chez Christiansen**. Elle était couronnée d’une tiare de diamants et derrière elle, en arrière-plan, trônait un château majestueux.

Elle l’avait regardée de longues minutes. Je voulais être elle et posséder cette grâce. Porter sa tenue et vivre dans cet endroit magique. A cet instant, elle représentait l’unique rêve de bonheur d’une fillette de 5 ans.

J’avais alors sonné chez le voisin, magicien à ses heures perdues que je vénérais comme d’autres ont adulé Merlin. Jules m’avait alors rétorqué:  » Je ne peux pas le faire, la magie ça n’existe pas. Ce ne sont que des tours, tu sais! » J’entends encore son rire amusé. Qu’elle était mignonne Martine, elle qui le croyait génie alors qu’il n’était que saltimbanque. Impossible*** donc de contrecarrer l’opération sabotage que la réalité s’évertuait à mettre en œuvre sur ma vie.

* »Les remords, ennemis implacables, s’endorment quelquefois, mais ne meurent jamais. »
Stanislas Leszczynski ; Le philosophe bienfaisant (1764)

**Magasins féeriques de jouets situés autrefois dans Bruxelles qui, aujourd’hui, n’existent plus et ont laissé la place aux chinoiseries des grandes chaînes de distribution.

*** »Nothing is impossible, the word itself says I’m possible! » – Audrey Hepburn

 

 

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