« Aux origines, il y avait Martine … »

Papa me disait toujours : « Avec toi, c’est Dallas ! » J’en riais souvent car je percevais ma famille plutôt comme un remake des Simpson version Famille Adams. Maman, elle, nous racontait la vie comme un mélange idyllique d’Harry Potter (qui n’existait pas encore à l’époque) et de la petite maison dans la prairie. Je vous laisse imaginer dans ce contexte aux multiples facettes : 2 parents, 5 enfants et grand nombre de chats. A cela, ajoutez les copains, les familles, le travail, l’école, les jeux vidéo, l’adolescence, etc.  C’est tout naturel qu’au milieu de ce joyeux foutoir Martine ait disparue.

Petite, j’étais une inconditionnelle des albums de Martine (Éditions Casterman). Martine était parfaite, attentive, intelligente et docile. Ma vie résumée se déclinait en centaines voire milliers d’épisodes. Une « Martine à la poste » dans une réalité complexe, où les sentiments sont retenus et les non-dits font loi. J’étais Martine dans la vie, la vraie. Un modèle de petite fille qui tôt ou tard se transformerait en Barbie, femme parfaite d’intérieure et du monde.

Quelque part, il y a dû y avoir un craquage spatio-temporel car je ne suis ni Barbie d’intérieure, ni même d’extérieur. Aujourd’hui, je cherche encore à comprendre à quel moment précis j’ai basculé dans une version revisitée, tantôt drôle tantôt pathétique, d’ « Hélène et les garçons » puis de « Sex and the city » pour s’achever en « Desperate Housewives ».

Comme je ne sais jamais par où commencer une histoire, je vous propose d’analyser un extrait du journal intime ci-après de notre « Martine » :

Bruxelles, Jeudi 03/08/1995
Tout va bien ! Nous partons dimanche 06/08 pour l’Ardèche.
Famille : amour normal
Justine : ma meilleure amie
Copains, copines : amour normal
Jules : Bizarre ?
Bruxelles, Samedi 05/08/1995
Aller à la banque pour changer l’argent Be en Fr
Terminer les bagages
Rédaction de l’itinéraire
Préparer les jouets
Tout le monde à la douche
Préparation des vêtements de voyage
Se coucher tôt
Bruxelles, Dimanche 06/08/1995
Nous partons demain finalement… Déçue comme d’habitude.
Rien ne se passe comme promis et prévu.

Ma première analyse à chaud : Quelle gamine de 12 ans, la veille d’un départ en vacances, pense à lister, dans son journal intime, toutes les tâches/choses dont ses parents doivent encore s’occuper ?! L.O.L. ou pas.

De manière plus réfléchie, Martine était encore bien présente et active en 1995 tentant de compenser le désordre familial ambiant, voulant désespérément mettre de l’ordre dans le chaos de leur vie.

C’est d’ailleurs cette année-là que j’ai cuisiné seule pour la première fois. Maman, sans aucun doute épuisée de ses nuits au travail ou par nous, dormait comme à son habitude. L’heure tournait, mes frères, ma sœur et moi avions faim.

Ce soir-là, vers 19h, j’ai pioché dans le surgélateur une quinzaine de fishsticks* que j’ai déposés dans une poêle avec une bonne dose d’huile pendant un temps beaucoup trop long sur un bec de gaz bien trop ouvert. La poêle fumait et l’odeur de brulé, celle qui vous agresse tous les sens, a envahi cuisine, salon et salle à manger.

Pour les légumes, j’ai trouvé la boite de flocons de purée mousseline. Moitié lait chaud, moitié eau, sel et poivre, j’ai oublié le beurre et la noix de muscade. La purée était liquide et fade.

Avec ma fratrie, nous nous sommes empressés de tout avaler, nos estomacs n’avaient que faire du brûlé vide de goût. Lorsque maman s’est réveillée, probablement entre 20h et 21h, et qu’elle s’est interrogée : « Qu’allez-vous manger ? » J’ai répondu victorieuse : « Nous avons mangé et nous sommes prêts à aller nous coucher !»

Bref ma première tentative culinaire échouée était un succès cuisant. Un succès du moins de mon point de vue car de poissons panés carbonisés en classique spaghetti bolognaise je me suis appliquée, j’ai progressé, et j’ai cuisiné durant les 10 années qui ont suivi. J’ai pris une place qui n’était pas à moi, dont personne ne voulait et avec le recul  et les années, je réalise que je l’ai payée cher.

J’entends encore la voix enthousiaste de mon père, passant la porte de la cuisine, au retour du travail, me demandant : « Ma fille que mange-t-on ce soir ? Et moi, fière et orgueilleuse, de lui répondre : « Macaroni jambon fromage gratinés !»**

*fishsticks : Bâtonnets de chair de poissons amalgamés, panés et surgelés. Menu au minimum bihebdomadaire de mon enfance.

**macaroni jambon fromage gratinés : Beaucoup de jambon, le fromage incorporé dans les pâtes (pas juste sur la surface), ajoutez un trait de crème fraiche liquide, sel, poivre noix de muscade. Passez au four sur grill 20 minutes à 170° max. Surtout vérifiez l’état de votre plat toutes les 5 minutes, ça évite l’aération complète de votre maison et une grosse déception.

Un commentaire sur “« Aux origines, il y avait Martine … »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s